A l’heure où se posent de grandes questions sur le travail des journalistes, il reste une « catégorie » de journalistes dont on parle très peu… Pourtant, ils sont eux aussi professionnels et pour beaucoup diplômés : ce sont les journalistes d’entreprises.
Parfois accusés d’être “portes paroles” de la direction, ces journalistes d’entreprises sont-ils des communicants ou des informateurs ? Journaliste en presse kiosque et journaliste en entreprise, même combat ? Les deux exercices ont-ils des points communs ? Voici quelques pistes de réponses…
Ceux qui lisent ce post et qui travaillent en entreprise doivent savoir que cette presse dit rarement la vérité, du moins toute la vérité. Sur ce premier élément, elle peut être comparée à la presse de kiosque et plus particulièrement les titres d’opinions. Chapotée par la direction, cette presse traite diverses informations sous l’angle précis du bénéfice pour l’entreprise. Comme le ferait un journaliste dans un journal d’opinion.
Seulement la presse d’entreprise semble bien moins « libre » que la presse de kiosque. La raison : le discours exprimé sur ces supports est soumis au droit social. En effet, elle préfèrera évidemment évoquer des sujets plus valorisant pour sa structure. Comme à la télévision lorsque le réalisateur décide d’utiliser tel ou tel plan pour montrer une image, le hors-champ n’est pas perceptible. Le spectateur ne sait pas ce qu’il se passe à côté. En comparaison, la presse d’entreprise peut utiliser ce hors-champ pour esquiver certains sujets jugés sensibles.
Alors est-ce qu’un journaliste d’entreprise peut être considéré comme un vrai journaliste ?
D’abord contrairement à un support destiné au grand public, le journaliste d’entreprise s’adresse à un public particulier. Le lectorat est spécialiste des sujets qu’il va lire. La mission du journaliste d’entreprise est alors de transmettre les valeurs de celle-ci à travers des articles et autres reportages. Là encore, cette activité peut être comparée à de l’écrit d’opinion. En plus de se rapprocher de la presse d’opinion, la presse d’entreprise penche vers la presse dîtes spécialisée puisqu’elle peut être amenée à expliquer pédagogiquement certaines subtilités favorisant la “culture d’entreprise”.
Toutefois, une presse d’entreprise exposant aux salariés l’image d’une société parfaite et sans problématiques peut se révéler en total décalage avec la réalité : celle perçue par le personnel. Pour remédier à cela, la presse d’entreprise doit alors acquérir une légitimité auprès de ces lecteurs. Comme le fait la presse kiosque. Un journal d’entreprise (ou autres) se doit de dire ce qu’il ne va pas au sein de l’entreprise quand cela est le cas. Une fois la confiance acquise, l’image de la direction en sera encore plus redorée.
Alors techniquement parlant, les deux journalistes exercent le même métier.Le journaliste d’entreprise va aussi chercher l’information comme le fait un journaliste de presse kiosque. Sauf que le travail du journaliste d’entreprise est contrôlé par la stratégie de communication de l’entreprise d’où le choix d’un angle particulier pour le traitement de l’information. Au-delà, il existe une autre distinction entre le journaliste d’entreprise et de presse kiosque. C’est l’étape de la validation, du contrôle des contenus qui seront publiés, en découlera alors une hiérarchie de l’information différente pour la presse d’entreprise en comparaison avec les préoccupations des titres grands publics.
Contrat de lecture identique ?
Chaque journal, quel qu’il soit, signe (intellectuellement) un contrat de lecture avec son lectorat. Celui-ci peut être comparé à une confiance réciproque que les deux entités (journal/lecteurs) se sont tenues de respecter. Pour la presse de kiosque, ce contrat établie une hiérarchisation de l’information et une analyse de celle dernière pour non pas coller au plus près de la vérité mais bien de la réalité [1]. Cette réalité étant évidemment différente de celle donnée par la presse d’entreprise. En presse d’entreprise, la réalité serait plutôt une « représentation, une image de l’institution ».
Enfin, la dernière réflexion que nous pourrions avoir sur ce sujet, c’est la place de la communication dans la presse écrite. En effet, au delà de l’information, cette presse est « victime » de la communication émanent d’instances diverses. N’existe-t-il pas des « communiqués de presse » ?
Dans un idéal, le journaliste de presse kiosque ira au delà du communiqué de presse et rajoutera sa touche personnelle c’est-à-dire l’information qu’il aura été chercher lui-même.
Pour conclure, je pense que la réelle différence entre ces deux catégories de journalistes serait que l’un (le journaliste d’entreprise) traite d’un même thème sur de nombreux supports. D’une information, il va alors produire de la communication. Contrairement au journaliste de presse kiosque qui lui traitera plusieurs sujets sur un même support. D’une communication, il émettra une information.
[1] Didier Pourquery – rédacteur en chef du Monde 2 in Com’Ent n°15 – Juin 2009
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