Journalistes d’entreprises et journalistes en presse kiosque, même boulot ?

29 06 2009

A l’heure où se posent de grandes questions sur le travail des journalistes, il reste une « catégorie » de journalistes dont on parle très peu… Pourtant, ils sont eux aussi professionnels et pour beaucoup diplômés : ce sont les journalistes d’entreprises.

Parfois accusés d’être “portes paroles” de la direction, ces journalistes d’entreprises sont-ils des communicants ou des informateurs ? Journaliste en presse kiosque et journaliste en entreprise, même combat ? Les deux exercices ont-ils des points communs ? Voici quelques pistes de réponses…

Ceux qui lisent ce post et qui travaillent en entreprise doivent savoir que cette presse dit rarement la vérité, du moins toute la vérité. Sur ce premier élément, elle peut être comparée à la presse de kiosque et plus particulièrement les titres d’opinions. Chapotée par la direction, cette presse traite diverses informations sous l’angle précis du bénéfice pour l’entreprise. Comme le ferait un journaliste dans un journal d’opinion.

Seulement la presse d’entreprise semble bien moins « libre » que la presse de kiosque. La raison : le discours exprimé sur ces supports est soumis au droit social. En effet, elle préfèrera évidemment évoquer des sujets plus valorisant pour sa structure. Comme à la télévision lorsque le réalisateur décide d’utiliser tel ou tel plan pour montrer une image, le hors-champ n’est pas perceptible. Le spectateur ne sait pas ce qu’il se passe à côté.  En comparaison, la presse d’entreprise peut utiliser ce hors-champ pour esquiver certains sujets jugés sensibles.

Alors est-ce qu’un journaliste d’entreprise peut être considéré comme un vrai journaliste ?

2083323799_2bb35765f2Photo Flickr

D’abord contrairement à un support destiné au grand public, le journaliste d’entreprise s’adresse à un public particulier. Le lectorat est spécialiste des sujets qu’il va lire. La mission du journaliste d’entreprise est alors de transmettre les valeurs de celle-ci à travers des articles et autres reportages. Là encore, cette activité peut être comparée à de l’écrit d’opinion. En plus de se rapprocher de la presse d’opinion, la presse d’entreprise penche vers la presse dîtes spécialisée puisqu’elle peut être amenée à expliquer pédagogiquement certaines subtilités favorisant la “culture d’entreprise”.

Toutefois, une presse d’entreprise exposant aux salariés l’image d’une société parfaite et sans problématiques peut se révéler en total décalage avec la réalité : celle perçue par le personnel. Pour remédier à cela, la presse d’entreprise doit alors acquérir une légitimité auprès de ces lecteurs. Comme le fait la presse kiosque. Un journal d’entreprise (ou autres) se doit de dire ce qu’il ne va pas au sein de l’entreprise quand cela est le cas. Une fois la confiance acquise, l’image de la direction en sera encore plus redorée.

Alors techniquement parlant, les deux journalistes exercent le même métier.Le journaliste d’entreprise va aussi chercher l’information comme le fait un journaliste de presse kiosque. Sauf que le travail du journaliste d’entreprise est contrôlé par la stratégie de communication de l’entreprise d’où le choix d’un angle particulier pour le traitement de l’information. Au-delà, il existe une autre distinction entre le journaliste d’entreprise et de presse kiosque. C’est l’étape de la validation, du contrôle des contenus qui seront publiés, en découlera alors une hiérarchie de l’information différente pour la presse d’entreprise en comparaison avec les préoccupations des titres grands publics.

Contrat de lecture identique ?

Chaque journal, quel qu’il soit, signe (intellectuellement) un contrat de lecture avec son lectorat. Celui-ci peut être comparé à une confiance réciproque que les deux entités (journal/lecteurs) se sont tenues de respecter. Pour la presse de kiosque, ce contrat établie une hiérarchisation de l’information et une analyse de celle dernière pour non pas coller au plus près de la vérité mais bien de la réalité [1]. Cette réalité étant évidemment différente de celle donnée par la presse d’entreprise. En presse d’entreprise, la réalité serait plutôt une « représentation, une image de l’institution ».

Enfin, la dernière réflexion que nous pourrions avoir sur ce sujet, c’est la place de la communication dans la presse écrite. En effet, au delà de l’information, cette presse est « victime » de la communication émanent d’instances diverses. N’existe-t-il pas des « communiqués de presse » ?

Dans un idéal, le journaliste de presse kiosque ira  au delà du communiqué de presse et rajoutera sa touche personnelle c’est-à-dire l’information qu’il aura été chercher lui-même.

Pour conclure, je pense que la réelle différence entre ces deux catégories de journalistes serait que l’un (le journaliste d’entreprise) traite d’un même thème sur de nombreux supports. D’une information, il va alors produire de la communication. Contrairement au journaliste de presse kiosque qui lui traitera plusieurs sujets sur un même support. D’une communication, il émettra une information.

[1] Didier Pourquery – rédacteur en chef du Monde 2 in Com’Ent n°15 – Juin 2009

Comme d’habitude, je reste ouvert à vos commentaires et suggestions !





Tentative d’analyse de la marque Morandini

29 06 2009

Jean-Marc Morandini, 44 ans, est journaliste, animateur de radio et de télévision français. Diplômé d’une maitrise à l’École de journalisme et de communication de Marseille, il a toujours rêvé de devenir grand reporter. Seulement, c’est en France qu’il racontera les grandes batailles. Non pas les guerres des quatre coins du monde mais les guerres médiatiques.

Son premier job, il le décrocha au quotidien Le Méridional (devenu depuis La Provence). Depuis, l’enfant de la cité phocéenne a connu une ascension fulgurante. A 20 ans, Jean-Marc Morandini devient le plus jeune journaliste à la présentation d’un journal télévisé en France. Fin des années 80, Morandini est embauché par La Cinq en tant qu’envoyé spécial. Mais sa réelle entrée sous le feu des projecteurs se fit en septembre 1993, ce fut sur TF1. A cette époque, TF1 est la première chaîne en termes d’audience rassemblant 41% des spectateurs[1]. Pour remplacer Ushuaia sur la case du vendredi soir, TF1 décide de programmer un tout nouveau magazine d’un tout autre genre : Tout est possible. Et pour présenter ce nouveau programme, la direction fait appel à un nouveau présentateur inconnu (pour l’instant) : Jean-Marc Morandini.

Avec Morandini, tout est possible

Dans la droite lignée de la tendance télévisuelle de l’époque avec l’explosion des reality shows, son lot de témoignages et d’histoires loufoques. On aime les reconstructions et écouter les récits vécus par des individus dont le téléspectateur peut facilement s’identifier. Chez Morandini, on vient raconter son histoire, ses aventures et pour faire « plus vrai » on fait appel à des  reconstitutions. Citons des émissions ou téléfilms de l’époque reposant sur l’importante de la parole testimoniale dans le discours télévisuel : Témoin n°1, Perdu de vue en 1990 et 1994 avec Jacques Pradel ou La nuit des héros sur Antenne 2 en 1991 avec Laurent Cabrol. Plusieurs sociologues ont avancé que la télévision a amorcé une mutation dans la façon de traiter les faits de société au début des années 90[2]. En effet, exit les spécialistes, désormais on laisse la parole à de parfaits inconnus: les témoins. Ces « gens comme tout le monde » seront le fond de commerce de l’émission Tout est possible. Comme Morandini le dit lui-même : l’émission doit montrer que Tout est possible. Au sommaire de la première émission diffusée le vendredi 13 septembre 1993, les téléspectateurs ont pu découvrir l’histoire d’une famille sous le parfait contrôle d’un « chien fait la loi », la seconde histoire est celle de Franckie. Ce drôle de personnage a une passion tout à fait fascinante : se faire photographier aux côtés de toutes les stars. Et pour cela, il veut à tout prix vivre à Los Angeles. Enfin, la troisième et dernière histoire est celle de Marie nous racontant sa peur des oiseaux, dès qu’elle en voit, elle panique et la phobie l’envahie. Concernant l’audience, on ne peut pas affirmer que ce fut un succès fracassant, toutefois suffisant pour que l’émission évolue dans la grille de TF1. La chaîne choisit alors de programmer l’émission le lundi à 23h00 avec des thèmes un peu plus « ouverts » comme « la plus jeune mère du monde, l’exotisme dans la bouffe… ».

Très rapidement ce ne sont pas moins de 6 millions de spectateurs à chaque numéro qui feront de cette émission un vrai phénomène de société.

Avec des thèmes que l’on pourrait dignes d’être classés dans de la « télé-poubelle », le programme réussi à se payer le luxe d’être l’émission aux meilleures parts de marché de deuxième partie de soirée dans l’histoire de TF1 avec des pointes à 75% (en 2009 et avec un changement significatif des habitudes de consommation des médias et une augmentation de l’offre télévisuelle (TNT, Internet Mobile), les spécialistes conçoivent qu’une émission de seconde partie sur TF1 atteignant plus de 30% de part de marché sur les 4 ans et plus est un réel succès). Durant cette émission que Morandini lança sa marque de fabrique : « Ne zappez pas ». Phrase qu’il prononçait avec enthousiasme avant chaque écran publicitaire. Au fil des années, la presse (notamment le quotidien Libération qui dénonce la « veulerie » intellectuelle de l’émission[3]) évoque les sujets parfois « racoleurs » de l’émission, la manière dont sont traités les thèmes sans oublier la qualité des témoignages. Très rapidement, l’image de l’émission en prend un coup, tout comme l’animateur. Morandini fait de la télé poubelle et on en parle. L’animateur a le droit à sa marionnette au Guignols de Canal + et la presse intello fustige l’animateur tant aimé de la « ménagère ». Malgré les bonnes audiences, en juin 1997, la direction de TF1 décide d’arrêter le programme prétextant vouloir « donner du sens à ces programmes ».

Lâché par TF1, Jean-Marc Morandini ne se remettre jamais de ce licenciement.

Attiré par la radio…

Depuis ce jour, il en veut à la télévision. Boudé par le petit écran, le journaliste se dirige vers la radio. En 1998, il rejoint le groupe NRJ pour animer une tranche musicale sur Chérie Fm, dont il devient rapidement directeur des programmes avec une autre radio du groupe : Nostalgie. Morandini comprend très rapidement que les choses autour de lui évoluent très rapidement. Nous sommes à l’aube des années 2000 lorsqu’il quitte le navire de la rue Boileau pour surfer vers d’autres aventures. 2000, ce voit être l’année record pour la bulle Internet : les bourses sont au plus haut (le NASDAQ atteint le record inégalé de 5 132,52 points (mars 2000) avant une énorme dégringolade), au mois de mars Windows lance son nouveau système d’exploitation Windows 2000. L’animateur et « journaliste » est persuadé que l’avenir va se jouer sur Internet. Anticipant vraisemblablement un changement dans les habitudes de consommations médiatiques, l’arrivée de nouveaux outils, une transmission de l’information encore plus rapide, il décide de lancer son premier portail internet : toutestnet.com (voir capture ci-dessous). Ce site était une bribe d’annuaire proposant à l’internaute divers services : de la livraison de vêtements, à l’accès à des sites d’informations en passant par des tchats. Aujourd’hui, ce site n’est plus en service mais Morandini reste un sur-actif de l’internet, nous l’évoquerons plus loin dans ce dossier. Trois mois après le lancement de toutestnet.com, Jean-Marc Morandini rejoint le groupe LV&Co pour devenir directeur des programmes des radios MFM (radio nationale adulte) et Voltage (station de radio parisienne)[4]. Déjà, sur cette capture d’écran, nous pouvons remarquer que la seule publicité présente sur la page d’accueil du site est destinée à la radio Voltage.

voltage

Source : Internetarchive.org

Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de la concentration économique qu’exerce l’animateur entre ses diverses activités.

En octobre 2001, Jean-Marc Morandini succède à Christophe Sabot (actuel Directeur délégué en charge des médias musicaux du groupe NRJ) au poste de Directeur Général d’LV&Co. Toujours dans son périple radiophonique et parallèlement à ses responsabilité de Directeur Général (avant de quitter ses fonction en 2003), Morandini décroche une émission en août 2002 à la mi-journée sur RMC Info. Tous les jours entre 12h et 14h, le journaliste anime un talk-show consacré aux… médias ! Il n’aura pas tenu un an sur cette antenne. En effet, en juillet 2003, RMC Info porte plainte contre son animateur suite à une interview accordée au journal Le Parisien[5]. Pour expliquer son départ, Morandini a invoqué un désaccord “avec la façon de faire des responsables de cette radio d’infos”.  Effectivement, Jean-Marc Morandini n’a pas hésité à donner son avis (surement juste) sur sa direction : “sont des financiers, pas des journalistes”. Il accusait également RMC Info de “ne plus être une radio populaire, mais populiste”.

L’affaire s’est terminée en juillet 2004 devant les tribunaux avec une plainte pour “des propos mensongers et diffamatoires d’ailleurs totalement contradictoires avec les interviews accordés à plusieurs journaux avant son licenciement de la station”. Finalement, c’est la station du groupe NextRadioTv (aujourd’hui propriétaire de RMC Info, BFM, BFM TV, le quotidien La Tribune…) qui a été déboutée. Morandini donc gagné.

En attendant, dès le 25 d’août 2003, Jean-Marc Morandini rejoint Europe 1 pour animer la même émission consacrée aux médias du lundi au vendredi entre 10 h 30 et 12 h.

Tout en animant son émission sur Europe 1, Morandini reste attiré par le petit écran. Il en a besoin, il en a envie : « J’ai toujours été passionné par la télé. La vocation m’est venue tout petit. Ce qui n’a pas vraiment rassuré mes parents… »[6]. Et il continuera de cette voie en signant son retour à la télévision le 15 octobre 2004. Il devient alors  l’animateur de Ca reste entre nous sur Match TV. Epaulée par Faustine Bollaert, également chroniqueuse sur Europe 1, l’émission quotidienne traite de l’actualité people[7].

Faute d’audience, ce programme s’arrêtera en août 2005 en même temps que la chaine Match TV.

Morandini et Direct 8

direct8

Photo Plateau Morandini ! Direct 8 – Source http://www.direct8.fr

Moins d’un an plus tard, le 3 avril 2006, Jean-Marc Morandini arrive sur la chaine de la TNT, Direct 8. Créée en 2005, son propriétaire est Vincent Bolloré, milliardaire classé 843e homme le plus riche du monde selon le magazine Forbes en 2008. Vincent Bolloré est aussi éditeur des quotidiens d’informations gratuits Direct Soir, Direct Matin Plus et Président Directeur Général d’Havas (second groupe publicitaire de France et 6ème mondialement). Cette émission appelée modestement Morandini ! est consacrée au monde des médias. Morandini est  accompagné d’une équipe de chroniqueurs et panélistes.

L’émission se veut un « décryptage du meilleur et du pire de la télévision ». Cette émission est produite par In the target, une filiale d’Endemol France. Présentée en direct du lundi au jeudi de 18h45 à 19h45 et est enregistrée pour la journée de vendredi. Le conducteur de l’émission en lui-même est identique tous les soirs sur le même modèle de l’émission de radio que Morandini anime sur Europe 1.

Au programme de Morandini !: les audiences, le zapping, l’image du jour, l’actualité des média, les e-mails des téléspectateurs, l’image du net, un long reportage et enfin un débat avec un invité.

Fort de ses succès d’audiences sur Europe 1, depuis le 27 août 2007 anime une tranche d’information plus généraliste entre 11 heures et 14 heures[8]. La tranche est divisée en deux grands directs. De 11 heures à midi, Le Grand Direct de la télé qui est une émission identique à celle consacrée aux coulisses de la télévision qui l’animait précédemment sur Europe 1. Puis de 12 heures à 14 heures, c’est Le Grand Direct de l’info.

Ce programme est un journal couplé d’un talk show avec des invités, spécialistes d’un dossier qui fait l’actualité, d’une libre antenne. Morandini est alors entouré de journalistes animant les différentes rubriques ou autres journaux. Le rôle de Jean-Marc Morandini se résume à un personnage « passe plat » comme l’on dit dans le milieu audiovisuel. C’est-à-dire qu’il passe plus de 60% de l’émission Le Grand Direct de l’info a « teaser » les prochains sujets abordés, lancer les journalistes avant leurs chroniques et demander l’avis des auditeurs sur tel ou tel sujet. Cette position est évidemment à mettre en parallèle avec la volonté de Jean-Marc Morandini à affirmer être un « vrai » journaliste professionnel et reconnu. Cette émission d’information lui sert de support à sa légitimité. Mais, le vrai travail journalistique est réalisé par la rédaction et toute l’équipe de journalistes entourant l’animateur. Jean-Marc Morandini reste donc un animateur et non pas un journaliste. Un animateur étant une personne dynamique, animant une réunion, une soirée, un spectacle, etc.…[9] C’est tout à fait ce qu’applique Morandini, contrairement à un journaliste qui lui traite l’information à travers un système médiatique[10].

Enfin en plus de la radio, notons que l’animateur écrit régulièrement des chroniques dans la presse télé : notamment chez France Soir (collaboration arrêtée en décembre 2008) et actuellement dans Télé 7 jours.

Le blog jeanmarcmorandini.com

C’est à la rentrée de septembre 2005 que Morandini créer un blog : jeanmarcmorandini.com Dédié à « toute l’info média et plus encore »[11].

Ce site ressemble des news sur la télé, la radio, la presse, le cinéma, l’internet, les peoples, les castings. Il y aussi une communauté d’utilisateurs inscrit sur le site avec un accès à un extranet personnalisé.

Cette communauté est évidemment conséquente puisque lorsqu’un internaute désire commenter un article, il doit s’inscrire. C’est là l’une des puissances du blog de Jean-Marc Morandini : une base de données d’utilisateur volumineuse.

page accueil

Page d’accueil jeanmarcmorandini.com – 11/06/09

Ce site fonctionne en continuité totale avec l’émission de radio Le Grand Direct de la télé et l’émission de télé Morandini ! En effet, c’est une vraie chaîne de diffusion de l’information que Jean-Marc Morandini créer autour des ces trois plateformes (télé, radio et internet). Il utilise au maximum sa présence sur ces trois médias. Nous pouvons dire qu’il organise à lui seul une circularité de l’information. Morandini parle des médias et fait parler de lui… En effet, Télérama[12] a écrit un excellent dossier sur « Le système Morandini ». Cette idée d’une circularité egocentrique de l’information nous est confirmée par les propos du journaliste Erwan Desplanques: « Morandini fait l’actu à lui seul ».

Le parcours habituel d’une actualité est le suivant :

parcours

Morandini ne fait pas dans l’analyse médiatique, il « balance » le plus d’informations possible en misant sur des titres qui peuvent paraître racoleurs ou chocs dans certains cas. Ces mêmes titres qui attirent le grand public : la ménagère de moins de 50 ans version numérique.  Les titres sur son blog parlent d’eux même : « Photos sexy: Miss Californie perd son titre ! » ; « EXCLU: Ruquier 7 jours sur 7 sur Europe 1 » ;  « Secret Story: 1 jour de repos par semaine pour les candidats ». Comme le confirme Erwan Desplanques[13], Morandini offre et ils [les internautes] disposent. Sur ce site, la structure de l’information est souvent identique : il faut un titre choc : « Natacha Amal va produire un film sur la vie des nudistes »[14], sans grande surprise, l’image illustrant le post représente une folle de nudiste en train de courir, puis vient enfin l’article. Le voici en intégralité : « La femme de loi de TF1, Natacha Amal, actuellement au théâtre de la Porte Saint Martin dans “Panique au ministère”, planche sur le scénario d’un film qu’elle produira.”Sea, sex and me” raconte l’histoire de jeunes adolescents américains qui découvrent le naturisme au Cap d’Agde. Aucune date de tournage n’est encore prévue. Revue de presse / Source : Télé 7 jours ».

Des phrases courtes, des articles lu très rapidement, un vocabulaire courant, une ligne d’autopromotion dès que possible « la semaine dernière, sur Direct 8, dans Morandini!, Laurence Boccolini a fait acte de candidature. Selon nos informations, les producteurs ont trouvé qu’il s’agissait là “d’une très bonne idée” ! »[15], tout a été fait pour que le lecteur « zappe » (analogie avec le monde télévisuel et la phrase culture de Morandini « Ne zappez pas ») d’articles en articles.

Toujours concernant le blog, nous pouvons relever plusieurs autres éléments tout aussi importants les uns que les autres.

D’une part, le nom même du blog : jeanmarcmorandini.com. L’animateur met ici en avant son image, sa personnalité et son ton pour donner de la valeur à l’information. On va lire Jean-Marc Morandini comme on va lire le site internet du Monde ou du Nouvel Obs. C’est le « spécialiste » qui nous donne une information. Grâce à lui, on sait que l’information est juste, précise et véridique… Véridique dans la plupart des cas puisque comme dans tout succès, il y a des hauts et des bas qui nous amènent à revenir sur la qualité de « journaliste » que s’attribue Jean-Marc Morandini. Toujours dans l’article de Télérama consacré au Système Morandini¸ le journaliste rappelle que Jean-Marc Morandini, malgré son diplôme, a toujours eu un rapport étrange avec la notion de journalisme. Prenons pour exemple, lors de l’émission On n’est pas couché diffusée sur France 2 et animée par Laurent Ruquier. En novembre 2007, Morandini avait été incapable de reconnaître la plupart des ministres que lui présentait Laurent Ruquier. Affirmant déléguer énormément la préparation du contenu de ces émissions[16] notamment à des stagiaires[17], Morandini assume ses erreurs journalistiques, ne vérifie pas les informations qu’il diffuse sous son nom[18] (alors que c’est l’une des règles de base du journalisme) comme lors de l’affaire de Pascal Sevran où l’animateur avait annoncé en live sur Direct 8 le décès de l’animateur de variété[19].

« Si un journal publie une info, je n’ai pas de raison d’en douter. Et de toute façon, je n’ai ni le temps ni les moyens de la vérifier »[20] – JMM

Nous nous accordons tous sur le fait qu’un site d’informations digne de ce nom doit avoir une certaine qualité de rédaction et citer ses sources lorsqu’un ou plusieurs éléments sont repris d’un confrère (encore une règle essentielle du journalisme…). Jean-Marc Morandini lui ne fonctionne pas comme cela : occulter de citer ses sources, laisser des fautes d’orthographes ou des mots manquants dans les articles ne le dérange vraisemblablement pas. Prenons l’exemple du dossier « Patrick Fandio». Le 5 avril 2009, l’hebdomadaire international Jeune Afrique indique dans un article que « le reporter Patrick Fandio quitte TF1 pour fonder une société de production en Afrique »[21].

L’information ne fait pas grand bruit jusqu’au moment où les équipes de Morandini apprenne la news sept semaines plus tard. Publication immédiate mot pour mot sur le blog Jeanmarcmorandini.com avec un bandeau rouge EXCLU.

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Capture d’écran Jeanmarcmorandini.com

Voyant l’article plagié sans mention de la source (Jeune Afrique), le rédacteur en chef du journal, Serge Faubert, décide de publier un commentaire sur le blog de JMM :

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Capture d’écran Jeanmarcmorandini.com

Comme à l’accoutumé, ce commentaire fut supprimé quelques minutes après avoir été posté[22]. Le post ne sera pas corrigé, ne mentionnant toujours pas la source. Jean-Marc Morandini ayant pris l’habitude de supprimer de nombreux commentaires qui peuvent lui porter préjudices. Aussi, de nombreux internautes se plaignent de cette censure pratiquée sur le blog. Ainsi, plusieurs de comptes ont été supprimés pour de simples commentaires critiquant la manière dont est traitée l’information sur le site : on peut lire ici[23] et là[24] sur la toile.

Relevons aussi le nombre de fautes d’orthographes ou de syntaxes élevé, cette capture d’écran est éloquente : il est écrit « quoridien » au lieu de « quotidien » et des majuscules insérées où leur présence est inutile.

Mais Jean-Marc Morandini va toujours plus loin. Lors des dernières élections présidentielles françaises,  l’animateur voulait publier les résultats de l’élection à 18 heures sur son blog « soit deux heures avant l’heure prévue par la loi »[25]. Il n’hésite pas non plus à attaquer publiquement l’agence de presse AFP l’accusant de reprendre des infos « exclusives » publiées sur son blog sans citer que celle-ci émanes de Mr Jean-Marc Morandini : « Merci donc à l’AFP pour avoir, une fois de plus, récupéré des informations sur jeanmarcmorandini.com sans nous citer »[26]. Il est évidemment impossible de commenter cet article. « Il n’est actuellement pas possible de commenter cet article », voila le message que l’on peut lire à la place des emplacements réservés aux posts des internautes. Enfin évoquons rapidement, l’appétit de Jean-Marc Morandini pour les procès.  Comme lorsqu’un site concurrent (dont nous parlerons plus longuement plus tard), Ozap.com diffuse une vidéo dans laquelle l’ex professeur d’expression scénique de la Star Academy, Raphaëlle Ricci critique ouvertement JMM en mars 2008 « affirmant notamment : “J’emmerde M…i”. »[27]. Ce dernier a donc attaqué en justice la fille d’Alice Dona et le site relayant la vidéo. Il réclama « 20.000 euros “pour le préjudice subi”[28].

Morandini, c’est aussi une marque, une structure hors du commun.

Effectivement, Jean-Marc Morandini est aujourd’hui un chef d’entreprise qui gagne très bien sa vie. Selon lui, ces différentes activités lui rapportent 15 000 euros par mois[29]. L’animateur est aujourd’hui à la tête de deux sociétés : The Morandini Family pour ses activités télévisuelles et The Web Family pour sa présence sur Internet[30].

En effet, Jean-Marc Morandini possède plusieurs parts dans trois sites web. Evidemment, il possède à 100% Jeanmarcmorandini.com[31], il est aussi actionnaire Scooppeople.com, un site d’actualité people et dernièrement JMM a placé ses billes dans un nouveau site internet politique Les Indiscrets qui « entend tout et qui répète tout »[32]. A noter que le site Télé 7 jours (propriété de Lagardère) est partenaire du blog de JMM. Les deux entités s’échangent les informations moyennant publicité réciproque. Relevons aussi que régulièrement Jean-Marc Morandini n’hésite pas à promouvoir les sites internet donc il est actionnaire. Pour cela, il poste régulièrement dans les articles renvoyant sur ses propres sites internet : « Zinedine Zidane, connu pour “ses coups de sang” sur le terrain, n’a pas sa langue dans sa poche en tant que conseiller de Président du Club du Real Madrid. Le premier à en faire les frais, c’est le tout fraichement débarqué Cristiano Ronaldo… Les détails sur: www.scooppeople.fr »[33]. De plus, ces trois plateformes fonctionnent sur le même template design : les économies sont de mises…

Comme nous pouvons le voir sur ces captures d’écrans, les différences publicités se renvoyant la balle : un site pointe vers un autre etc.… Formant, là encore une boucle.

Seulement, les concurrents à Jean Marc Morandini sont nombreux : à la télé, à la radio et sur la toile.

Tout d’abord, notons qu’à la télévision, il n’y a pas d’émission quotidienne consacré à l’actualité des médias. Sur la case du soir, Jean-Marc Morandini est donc seul. Toutefois, d’autres émissions hebdomadaires (et de meilleure qualité sans aucun doutes) consacrées aux médias sont programmées. La plus connue est Plus Clair diffusé en clair sur Canal + tous les samedis de 12h40 à 13h40 présentée par Charlotte Le Grix de la Salle. Autre émission, cette fois-ci sur France 5 : Médias le magazine présenté par Thomas Hugues diffusée de midi à 13 heures. Puis, il y a Matthias Gurtlerq qui présente Telle est ma télé tous les samedis à 19h40 sur TPS Star. Enfin, Philippe Vandel anime lui aussi chaque samedi à 17h45 une émission qui « allume la télé » sur Paris Première.

Concernant la radio, là aussi Jean-Marc Morandini est seul tout les matins à présenter une émission consacré aux médias de 11 heures à 12 heures sur Europe 1. Les radios concurrentes se contentant de chroniques courts comme sur France Inter, France Info ou RTL.

Mais là où la concurrence est la plus rude c’est sur le net. En effet, il existe bon nombres de sites qui peuvent et qui espère faire de l’ombre à JMM. Une ombre qui pourrait s’étendre de jours en jours puisque bien souvent ces sites sont structurés en rédactions, vérifient leurs informations et respectent la déontologie journalistiques. Nous pouvons d’abord penser à Ozap.com. Le site se définissant comme « un webzine bimensuel alimenté par une équipe de passionnés du monde des médias » [34]. Il s’agit de l’ancienne définition du site, valable lors du lancement (le site s’appelait alors imedias.biz). Désormais c’est un site d’infos continues et décryptage consacré aux médias.Composé d’une rédaction permanente de trois journalistes professionnels, Ozap.com fait aujourd’hui référence dans le traitement de l’actualité médias. Recontextualisation, citation de sources, syntaxe parfaite : un site que JMM devrait lire plus souvent. Justement, Morandini craint Ozap depuis de nombreuses année. Surtout depuis qu’Ozap a été racheté par une filliale web du groupe M6 (Cyréalis). Depuis de nombreux mois, les deux entités se disputent leurs chiffres d’audience. En janvier 2009, Ozap.com a  annoncé avoir recensé 909 000 visiteurs uniques au mois de novembre 2008 selon une étude Médiamétrie/Nielsen. Ces résultats placent Ozap.com devant le blog de Jean-Marc Morandini en termes d’audience. Ces chiffres publiés n’ont pas manqué d’être qualifiés d’ « erronés » par Morandini clamant haut et fort être toujours « le premier blog média de France »[35]. D’autres blogs évoquent aussi la manière dont JMM manipule les chiffres. Tubbydev.com propose notamment un article intéressant démontra comment Jean-Marc Morandini fait grimper les statistiques de son blog en utilisant la plateforme Télé 7 jours dont jeanmarcmorandini.com est un sous domaine[36].

Autre concurrent sur la toile pour le jeanmarcmorandini.com, c’est le BlogTvNews[37]. Edité par TF1, ce site rassemble aussi des infos consacrées aux médias et à la télévision. Enfin, de nombreux sites plus ou moins rassembleur d’audience se consacrent à l’actualité télé : principalement tous les sites internet des programmes télé papiers (Télé Star, Télé 7 jours, Télé poche, Télérama…), d’autres plateformes sont des versions uniquement numériques comme le site Telle est ma télé, Le Zapping du paf. Puis, il y a les blogs des spécialistes médias de magazine (presse papiers) comme sur lepoint.fr avec le portail d’Emmanuel Berretta ou le blog de Renaud Revel sur lexpress.fr[38]. Sans oublier Tele-Loisirs.fr. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Tele-Loisirs.fr oscille entre 3,5 et 4 millionsde visiteurs uniques par mois, alors que JMM et Ozap peinent à atteindre le million.

Circularité de l’information oblige, on retrouve les mêmes informations sur tous ces sites. Avec un avantage : pouvoir analyser les écarts de traitement de l’information.

Pour terminer cette brève analyse de toutes activités qui entourent le personnage Morandini, nous allons évoquer l’aspect sémiologie de son émission de radio.

Après plusieurs écoutes attentives, on remarque très rapidement que tous les matins de 11 heures à 12 heures, c’est un conducteur récurrent qui nous est offert. En effet, les rubriques se succèdent à la même heure, dans le même ordre et avec les mêmes chroniqueurs. Dès 11h05, on retrouve « le Zap 5, les cinq moments clefs qu’il ne valait pas rater hier soir à la télé », cette rubrique est une sélection de cinq extraits sonores tirées d’émissions diffusées et dont le contenu peut être intéressant. JMM enchaîne avec les « audiences » de Rodolphe Delaboulay et le « Télé-répondeur », cette chronique est un montage des messages laissés sur le répondeur de l’émission. On y entend des téléspectateurs donner leurs avis sur les programmes qu’ils ont regardé. Bien souvent, les témoignages sélectionnés sont loufoques et drôles : dans l’émission du lundi 15 juin 2009, un auditeur dit « Bonjour Jean-Marc, c’est Thierry dans le Calvados. Nous sommes samedi et je regarde la une, la soirée de l’étrange en direct […] et il nous a fait poser une cuillère sur la télé […]. Ah bin non, la cuillière, elle a pas bougé… Ah non non, un, deux, trois (rires Jean-Marc Morandini), non elle a pas bougé… Ah si, oui oui ! Non. Ah bin, non. C’est le chien, il vient de se lever, il a bousculé le meuble de la télé et la cuillère est tombée. Ahh bravo, Hervé, il a fait déplacer mon chien ! ». Après les quelques minutes consacrées au répondeur, il est temps de passer au vif du sujet : « les indiscrétions ». Avec  la complicité d’Emmanuel Maubert, le rédacteur en chef de l’émission (et aussi joker de JMM en radio), on nous donne plusieurs infos courtes sur la télé. Toujours dans l’émission du lundi 15 juin 2009, on y apprend que Laurent Delahousse restera sur France 2 à la rentrée ou encore que M6 décide d’arrêter l’émission 66 minutes en prime time. Ensuite, tous les jours à 11h30, c’est le « reportage de la semaine ». Fil rouge de l’émission ce sont des reportages traitant d’une même thématique toute la semaine. Par exemple pour la semaine du lundi 15 juin 2009, le thème traité dans le reportage sera le vocabulaire des séries télé, pour la semaine du lundi 8 juin, la diversité dans le petit écran était à l’honneur. De format court avec des témoignages de spécialistes (dont régulièrement François Jost), ces reportages veulent éduquer l’auditeur aux spécificités du monde de l’audiovisuel.

A ce moment, on arrive dans les dernières 25 minutes de l’émission souvent consacrées à des interviews, soit en studio soit en insert téléphonique, de personnalités qui font l’actualité du jour. Ces mêmes personnes que l’on peut entendre le matin sur Europe 1 et retrouver le soir sur Direct 8 tout en lisant l’information les concernant sur le blog de JMM… Une publicité qu’il n’hésite pas à faire sur l’antenne d’Europe 1, en agrémentant par exemple une indiscrétion d’une petite autopromotion : « Et on vous a mis les photos de ces deux candidats sur le blog, jeanmarcmorandini.com et ça vaut le détour »[39]. Enfin, s’il reste du temps à Jean-Marc Morandini (ce qui arrive rarement), ce dernier décide de lancer un débat et invite les auditeurs à appeler le standard au « 01.42.32.15.15 ». Là encore, on décèle rapidement que les auditeurs sont triés sur le volet : la règle des quotas est généralement appliquée. Sur un même débat (lorsque celui est tenu alors qu’il est pratiquement à chaque début d’émission), il y a un auditeur qui sera « pour »,  un autre « contre » et un plus « modéré ». La fin du Grand Direct de la télé est marqué le top horaire à midi et le journal de la rédaction pour enchaîner avec le Grand Direct de l’info.

Notre analyse sémiologique va s’attarder sur la partie de l’émission consacrée à la télévision.

Tout d’abord, Jean-Marc Morandini s’estampille directement spécialiste des médias, comme un journaliste est spécialiste de l’actualité. Son émission étant placée entre l’émission de « détente » de Michel Drucker et une tranche d’hard news entre 12h et 14h, Morandini assure la transition entre deux programmes complètement opposé. Cela explique le caractère sérieux de son émission tout en gardant une place pour la rigolade et l’humour.

Concernant le genre de ce programme radiophonique, nous devons rappeler que ce document (ici l’émission de radio) est produit en fonction d’un type de croyance visé par le destinateur et, en retour, il ne peut être interpréter par celui qui le reçoit sans une idée préalable du type de lien qui l’unit à la réalité[40]. Nous pouvons dire que l’émission se situe sur la ligne réelle –ludique, au sens donné par François Jost. En effet, l’émission est liée à la réalité par les informations qui y sont traitées et qu’elle authentifie parfois par des témoignages (interviews). Jean-Marc Morandini donne de vraies assertions, des informations améliorant ainsi notre connaissance et en relevant de l’exercice de la preuve lorsqu’il invite la personne concernée par l’information qu’il transmet. Cette notion de réel est aussi à rattacher directement au nom de l’émission : Le Grand Direct de la télé. Comme l’a écrit François Jost, le direct nous donne ce sentiment d’authenticité. L’émission  de Jean-Marc Morandini respecte tous les critères d’authenticité caractérisant le genre réel : elle tient des propos avérés, elle exprime une vérité profonde par le biais de témoignage et de reportages et enfin elle porte la marque d’individus dont l’autorité n’est pas contestée (même si cela commence à évoluer pour JMM, surtout sur Internet)[41]. Précédemment, nous avons qualifié l’émission faisant aussi partie du genre ludique. Ce genre suppose, comme le genre réel, la vérité du discours. Jean-Marc Morandini dit la vérité, même s’il a parfois des erreurs journalistes.

Ce genre est tourné vers les effets de discours, ceux-ci sont énormément présents, particulièrement dans les reportages quotidiens de 11h30.

Ces derniers ayant pour but principal d’expliquer un code, une méthode, une technique télévisuelle. L’explication se voulant éducative, l’auditeur accepte les « règles du jeu » et donc apprend. Enfin, Jean-Marc Morandini précise souvent et de manière implicite que nous ne sommes pas dans la réalité même. Du moins pas tout à fait. En effet, il répète souvent : « il sera avec dans les studios d’Europe 1 ; nous sommes dans les studios, rue François 1er ». Ces affirmations laissent comprendre l’auditeur que nous ne sommes pas dans un cadre communicationnel habituel. Mais il y a bel et bien, un médium entre l’émetteur et le récepteur. Nous sommes alors en partie dans le genre ludique pour une émission que l’on ne peut toutefois pas qualifiée de réflexive puisqu’elle parle que très rarement de la rarement de la radio sauf lorsque l’invité travaille pour le groupe Lagardère (propriétaire d’Europe 1).

Comme sur le principe télévisuel, Jean-Marc Morandini transmet une parole informative[42]. C’est-à-dire qu’il porte une information (rôle du « passeur de plat »), les chroniqueurs ou invités qu’il reçoit lui servent, comme pour un reportage dans un JT télé, de preuve. C’est une manière d’atténuer ce sentiment de dépossession élocutoire de l’énoncé que pourrait avoir Morandini s’il était seul à parler. Seulement, précisons toutefois que JMM nous livre son avis sur telle ou telle information qu’il donne à l’antenne (contrairement à la déontologie journalistique). En effet, il a tendance à jouer avec son ton, il module l’information (exemple précédent avec des photos des futurs candidats de Secret Story à l’été 2009).

Comme nous l’avons évoqué précédemment, Le Grand Direct de la télé fait aussi place aux extraits télé. La présence du son provenant de la télé est très importante. En effet, le son suggère ce lien à la réalité (ici la télé) dont parle JMM durant toute son émission[43]. Ces extraits d’émissions télé qui font office de « meilleurs moments » nous renvoient à l’authenticité du propos. Ils sont là pour servir de preuves, comme pour dire « voila écoutez pourquoi nous vous disons c’est un des meilleurs moments télé de la veille ». Ces extraits augmentent la crédibilité des assertions de l’animateur.

Toujours dans cette idée de légitimation du propos de Morandini, il y a l’avis des téléspectateurs laissé sur le répondeur de l’émission. Cette chronique élève le spectateur en témoin oculaire de ce qu’il raconte à travers un média qui lui ne possède pas l’image (la radio)[44]. Ici, la personne qui dit ce qu’elle a pensé de telle ou telle émission est un témoin oculaire mais aussi un spectateur puisque c’est de son regard que part le commentaire qu’il va ensuite faire partager aux auditeurs d’Europe 1. Toutefois, ce témoin ne voit pas la réalité mais un montage de celle-ci puisque son opinion passera par son propre esprit, ses propres valeurs et filtres psychiques. De plus, ces témoignages permettent à l’auditeur de mettre en place un processus d’identification : peut-être que celui-ci aura le même avis sur un programme que la personne ayant laissé un message sur le répondeur.

Ces avis d’auditeurs mis bout à bout pourrait être donc une représentation de l’opinion publique, de la doxa comme l’affirmait Barthes[45]. Ces auditeurs jugent, parfois donnent des conseils et finalement grâce au montage finissent par polémiquer sur des émissions.

Il est évidemment inutile de rappeler que dans le cas présent, le locuteur c’est-à-dire l’être qui est responsable de son énoncé[46] est Europe 1 et puisque nous sommes dans le cas d’une polyphonie énonciative, le sujet parlant considéré comme l’ « être empirique » est Jean-Marc Morandini.

La ligne de genre réel-ludique indique une promesse : celle de l’information rapide, claire, parfois drôle et osée mais totalement compréhensible même pour des auditeurs qui ne sont pas passionnés par la télévision. Pour cela, Morandini module son discours : ses phrases sont courtes, à la syntaxe réduite au plus simple, adaptant son ton à l’information qu’il donne. Ainsi, il sera plus rapide et plus souriant pour parler de Secret Story que pour parler d’un téléfilm retraçant la mort de Vincent Humbert.

De plus, comme l’explique Virginie Spies, les émissions comme celle de Morandini ont une « attention portée sur la télévision avec un regard sur les coulisses »[47]. C’est exactement dans le cas du Grand Direct de la télé qui s’intéresse aux coulisses de la télévision avec ses stars mais aussi ses métiers et ses techniques (reportage de 11h30).

Aussi, la place de l’auditeur est importante dans cette émission (en plus du Télé-répondeur). D’une part car c’est lui qui « fait vivre » le Télé-répondeur mais aussi qui donne son avis pendant la libre antenne. C’est d’ailleurs une habitude pour l’animateur de solliciter son auditoire le plus souvent possible en incitant ces derniers a appelé régulièrement le standard « pour s’exprimer sur l’antenne d’Europe 1 ». On le sollicite, on le questionne sur des programmes que l’on espère qu’il a vu. Il s’agit ici de faire comprendre à l’auditeur que l’on tient compte de son opinion. Toutefois, ces prises de paroles externes restent un semblant d’interactivité puisque souvent Jean-Marc Morandini interrompt les auditeurs ou leur demande de poser « très rapidement » leur question.

L’émission de JMM met aussi en œuvre la question de l’autopromotion. En effet, régulièrement, l’animateur n’hésite pas à recevoir des présentateurs animant une émission à la télévision et aussi sur Europe 1 afin qu’ils parlent de leurs actualité. L’autre forme d’autopromotion étant celle que nous avons évoquée plus haut : les relances pour le blog jeanmarcmorandini.com

Nous avons remarqué que comme de nombreuses émissions réflexives, même si Le Grand Direct de la télé, n’en ait pas totalement une, la présentation tente de ne pas être impliquée dans les propos dans son programme[48].

En effet, l’axe de relation adopté par Jean-Marc Morandini est celui de la distance comme le faisait Michel Denisot dans Télés-Dimanche ou Marc Olivier Fogiel lorsqu’il animait TV+. Parfois certains invités sont tentés de questionner Morandini sur son activité télévisuel ou alors de lui rétorquer la question qu’il vient de leur poser afin de lui faire comprendre qu’il n’aimerait pas forcément qu’on lui pose ce type d’interrogation. Malgré tout, on peut noter une proximité entre certains invités et JMM. Comme pendant l’émission du vendredi 12 juin 2009, Christophe Dechavanne était invité pour parler de ses projets de rentrée. Tout au long de l’interview, l’animateur de La Famille en or tutoiera le présentateur. Ces petits indices linguistiques laissent supposer à l’auditeur que ces individus se connaissent en dehors de l’émission.

Concernant les sujets traités dans le Grand Direct de la télé, nous pouvons dire que les sujets sont orientés. Morandini ne s’en cache pas. « Quand j’ai une info sur Lagardère ou Bolloré, je demande l’autorisation avant de la sortir », admet l’animateur[49]. A travers le discours de JMM, c’est aussi la vision d’Europe 1 qui est donné sur le paysage audiovisuel. Comme Canal +, Europe 1 essaye d’être une radio hors du microcosme télévisuel, en traitant l’information avec un certain recul. Recul qui n’est pas toujours de mise lorsque l’on repense à l’affaire Elkabbach / Sevran. On peut alors se poser la question de la légitimité à parler d’autres programmes radios ou télé lorsque l’instance émettrice elle-même fait partie du cercle médiatique…

Pour conclure Jean-Marc Morandini, reste donc un spécialiste des médias, n’appliquant que très rarement les règles essentielles du journalisme, préférant un flux d’informations en continu à la sémiotique appliquée à l’audiovisuel. Daniel Schneidermann et Jean-Marc Morandini ce sont beaucoup affrontés. Schneidermann a au moins le mérite d’analyser les informations qu’il transmet.

Morandini, lui, continue de nous abreuver en laissant l’analyse sur sa faim.

—- EDIT—-

Merci à l’aimable @Aede, journaliste chez Tele-Loisirs.fr pour ses précisions sur ce dossier.

Par ailleurs, il tient à rajouter “qu‘une de ses principales forces  [de Jean Marc Morandini] réside dans son réseau. S’il est si peu critiqué dans les médias, c’est parce que plein de journalistes ne veulent pas se fâcher avec lui : ils tiennent trop à garder de bons contacts afin d’avoir quelques miettes du gâteau (être son chroniqueur à la télé ou à la radio par exemple). Le problème c’est que cela est aussi valable pour certains redacteurs en chefs…”

Et @Aede d’ajouter : ” D’autre part, les attachés de presse dénigrent souvent JMM en apparté. Mais ils travaillent quand même avec lui, tout simplement parce qu’ils en ont besoin. Combien de fois j’ai entendu “c’est pratique, il suffit d’envoyer un communiqué de presse à son assistant, et ils en parlent”. Et quand JMM parle d’un truc, tout le monde le voit alors et en parle à son tour. C’est pour ça qu’il peut se permettre de voler des infos à d’autres sites moins puissants que lui. Une fois qu’il l’a mis sur son blog, tout le monde est convaincu que c’est lui qui l’a sorti… C’est énervant, mais c’est comme ça.”

Pour suivre @Aede sur Twitter , c’est ici que ça se passe


[1] Site internet – News de Stars – TF1- http://www.news-de-stars.com/tf1/index.html – Paru le 24 juillet 2008

[2] La télévision du quotidien, François Jost, 2nd édition, De Boeck, 2003

[3] « Les télés se prennent les têtes. Une rentrée entre “quête du sens” et échange de stars de l’audience », Odile Benyahia-Kouider et Anne Boulay, Libération, 26 août 1996

[4] « Christophe Sabot quitte le groupe LV&Co et cède sa place à Jean-Marc Morandini » [archive], Stratégies, 19 octobre 2001

[5] RMC Info – Plainte contre Jean-Marc Morandini – Radioactu – Paru le 21 août 2008

[6] Jean Marc Morandini sur Marseille People – http://www.marseillepeople.com/news/p1jm_morandini.html – Publié le 16 mai 2005

[7] Jean Marc Morandini sur Marseille People – http://www.marseillepeople.com/news/p1jm_morandini.html – Publié le 16 mai 2005

[8] Ozap – Jean-Marc Morandini se lance dans “le grand direct” – 27/08/07-  http://www.ozap.com/actu/jean-marc-morandini-grand-direct/119914

[9] Le-dictionnaire.com

[10] Le-dictionnaire.com

[11] Jeanmarcmorandini.com

[12] Télérama n° 3064

[13] Télérama n° 3064

[14] Jeanmarcmorandini.com – 10/06/09

[15] [évoquant le changement d’animatrice de l’émission Les maternelles de France 5 en juin 2009]

[16] Le Post – Vidéo  – Les coulisses de Morandini ! – 21/05/2009 – http://www.lepost.fr/article/2009/05/21/1545136_les-coulisses-de-morandini.html

[17] Télérama n° 3064

[18] Télérama n° 3064

[19] Entrevue – 22/04/2008 – http://www.entrevue.fr/tele/europe-1-ruquier-et-morandini-tuent-pascal-sevran-3043.html

[20] Télérama 1er octobre 2008

[21]Le Post – 27/05/2009 -  http://www.lepost.fr/article/2009/05/27/1552071_encore-un-plagiat-pour-morandini.html

[22] Le Post – 27/05/2009 -  http://www.lepost.fr/article/2009/05/27/1552071_encore-un-plagiat-pour-morandini.html

[23] Vinz blog – 07/08/08 – http://www.vinzblog.com/jean-marc-morandini-com-la-poubelle-du-net

[24] Il faut le dire – 24 / 02 /2008 – http://www.ilfautledire.com/blog/index.php?/archives/6-La-censure-chez-Jean-Marc-Morandini.html

[25] Nouvel Obs – 16.04.2007 – http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/politique/20070414.OBS2036/morandini_veut_donnerdes_resultats_des_18h.htm

[26] L’AFP s’inspire de jeanmarcmorandini.com et nous oublie… – Jeanmarcmorandini.com – 07/08/2008 – http://www.jeanmarcmorandini.com/article-17724-l-afp-s-inspire-de-jeanmarcmorandini-com-et-nous-oublie.html

[27] Jean-Marc Morandini réclame 20.000 euros pour un lien – Nouvel Obs - 25.06.2008 – http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/medias/multimedia/20080314.OBS5055/jeanmarc_morandini_reclame_20.000_euros_pour_un_lien.html

[28] Idem

[30] Morandini, marque média – Stratégies -http://www.strategies.fr/actualites/medias/r45752W/morandini-marque-media.htm l- 13/09/2007

[31] Jean Marc Morandini – Un nouveau site politique qui fait déjà des vagues ! – 11/02/ 09 -  http://www.jeanmarcmorandini.com/article-23553-un-nouveau-site-politique-qui-fait-deja-des-vagues.html

[32] Les indiscrets – Slogan – http://www.lesindiscrets.com/

[33] JeanMarcMorandini.com – 14 /06/09 – http://www.jeanmarcmorandini.com/article-27565-zidane-a-cristiano-ronaldo-tu-ne-seras-pas-une-star-au-real.html

[34] Ozap – Historique – http://www.ozap.com/divers/apropos.php

[35] Jeanmarcmorandini reste le 1er blog media de France – Jeanmarcmorandini.com – 09/01 – http://www.jeanmarcmorandini.com/article-22475-jeanmarcmorandini-reste-le-1er-blog-media-de-france.html

[36] Tubbydev – Jean Marc Morandini et Tele7 : audience ? – 30/06/08 http://www.tubbydev.com/2008/06/jean-marc-moran.html

[37] Le BlogTvNews – http://www.leblogtvnews.com/

[38] Liste non exhaustive

[39] Europe 1 – Le Grand Direct de la Télé – 15/06/09

[40] La télévision du quotidien – François Jost –2nd édition – De Boeck – 2003

[41] Ibid

[42] Ibid

[43] Ibid

[44] Ibid

[45] Ibid

[46] La télévision dans le miroir – Virginie Spies – l’Harmattan – 2004

[47] Ibid

[48] Ibid

[49] Télérama n° 3064





Les NRJ Music Awards et l’art du business

11 06 2009

nrj

Depuis la fin du mois de novembre 2008 sur NRJ, depuis au moins trois semaines sur TF1, la machine est en route pour « le plus grand évènement musical de l’année en télévision » Télé Câble Satellite (17 au 23 janvier 2008). Une «pluie de stars» s’est abattue hier soir sur la première chaine de télé et sur une des premières radios musicales. Les téléspectateurs ont pu découvrir sur scène Coldplay, Katty Perry, Indochine, les Pussycat Dolls, la troupe de la comédie musicale Cléopâtre ou encore Mylène Farmer. Au-delà même du concept des NRJ Music Awards, ce qui est intéressant ici, c’est la mobilisation des principaux composants sémiotiques d’une émission de divertissement en 2h45 de show. Identité de la station de radio NRJ, identité de TF1, « faux direct », sponsoring, le tout dans un évènement que l’on pourrait qualifier de « corporate » avant tout.

Les NRJ Music Awards ?

Pour rappel, ce samedi 17 janvier 2009 à 20h45, sur TF1 et NRJ, ce fut le dixième anniversaire des NRJ Music Awards. Cette émission est présentée comme l’événement musical qui récompense chaque année au mois de janvier les artistes français et internationaux préférés du public grâce à des votes sur Internet et via un service SMS surtaxé. Cette année, l’émission fut présentée par Nikos Alliagas et a été réalisée par Gérard Pullicino. Cette émission est le reflet de l’image de TF1 et NRJ. Pour cela plusieurs éléments apparaissent clairement sur notre écran. Avec cette cérémonie, TF1 veut montrer aux téléspectateurs qu’elle est la seule chaine de télévision qui récompense à la fois les artistes internationaux et français. En effet, cette cérémonie décerne des prix à des artistes à la renommée mondiale or seule Les Victoires de la Musique célèbre elle aussi des artistes de l’univers musical mais uniquement français… TF1 créé donc l’évènement en s’ouvrant sur l’international, en félicitant d’un trophée, le travail de ces chanteurs grâce aux votes des auditeurs de NRJ et des spectateurs de TF1. Oui, « vos votes » puisque que le spectateur est invité à plusieurs reprises tout au long de l’émission à « élire » la Chanson Française de l’année avec des SMS évidemment surtaxés, il est aussi incité à s’exprimer avec l’antenne d’NRJ et sur son site internet. Pour ce qui ce qui est de la radio NRJ, on remarque au premier coup d’oreille que tous les nominés sont un jour où l’autre entrés dans la programmation de la panthère, voir même plus, certains sont des pures productions NRJ. Nous en parlerons plus loin dans cet article.

La panthère et ses sponsors

Ces quelques éléments ne sont que des petits fragments qui font des NRJ Music Awards une vraie campagne marketing et de communication pour TF1, NRJ et les maisons de disques plus particulièrement Universal. Avant même le lancement de l’émission sur TF1, c’est un vrai dispositif publicitaire qui a été mis en place sur l’antenne d’NRJ. Effectivement, depuis la fin novembre 2008, les sponsors ont pris place sur les ondes plus particulièrement Ford et le Crédit Mutuel. D’après les différents éléments diffusés, on peut comprendre que ces deux marques sont les deux principaux partenaires de NRJ sur cette opération. Avec les NRJ Music Awards, Ford a promu sa nouvelle voiture la « Ford K » avec des spots publicitaires et le sponsoring de certaines interventions des animateurs à l’antenne. Ainsi, la nouvelle « Ford K » est la voiture officielle des NRJ Music Awards. Autre partenaire de NRJ, c’est le Crédit Mutuel, là aussi la campagne s’est déroulée à coup de sponsorings des interventions à l’antenne que la banque pu faire sa promotion auprès de sa nouvelle clientèle cible les « 15/25 ans ». Cette cible est aussi le principal public des NRJ Music Awards. Toujours grâce à l’écoute de NRJ, on peut aussi relever qu’il y a un dernier grand partenaire qui su s’imposer comme une marque préférée des jeunes dans son domaine c’est Vivelle Dop. La marque de gel a installé un jeu sur l’antenne, le « Turbo Clip Compet ». Le concept novateur est le suivant : les auditeurs se filment avec leur webcam en dansant à vitesse grand V puis ils postent leur vidéo sur le site de Vivelle Dop. La meilleure vidéo a permis à des internautes et auditeurs d’NRJ d’assister à la cérémonie des NRJ Music Awards en invités V.I.P. : Tout a donc été fait pour attirer les jeunes auditeurs de NRJ à se brancher sur la cérémonie diffusée par TF1.

Jenifer, la Star Ac et NRJ

Passons maintenant au dispositif télévisuel mis en place. En toute logique, ce sont les mêmes partenaires que l’on a pu découvrir précédemment sur NRJ qui ont occupé l’espace publicitaire de TF1 avec une surprise avant même le démarrage de la cérémonie à 20h45. En effet, on a pu découvrir juste avant et après le JT de 20 heures, un très court spot de pub qui cache bien son nom puisqu’une voix off nous annonce très brièvement qu’il faut « Retrouvez Jenifer toute à l’heure aux alentours de 20h40… » Pourquoi ? Comment ? Pour quelle occasion ? Les téléspectateurs ne le savent pas encore. Une fois l’heure fatidique arrivée, les téléspectateurs ont eu le droit durant une minute vingt à une mise en scène de Jenifer autour de la Ford K. En choisissant, la jeune chanteuse pour ce spot, TF1 a parié sur une valeur sûre, une personnalité aimée du public mais aussi qui incarne dans son ethos toute la réussite de l’entreprise TF1 dans la téléréalité à travers la Star Academy. Pour rappel, Jenifer est la première gagnante de la Star Academy, la seule qui a vendu un nombre d’albums conséquent, qui a pu faire plus d’une tournée sans supprimer des dates et surtout s’imposer comme une chanteuse à part entière en se détachant plus ou moins de l’image Star Academy qui a tendance à coller à la peau de tous les candidats. En utilisant Jenifer, TF1 rappelle dans l’inconscient collectif qu’elle est au départ un produit réussi de la marque TF1, un pur produit marketing comme l’est les NRJ Music Awards d’une certaine façon. Ce court spot de teasing joue donc avec la curiosité du téléspectateur, son envie de découvrir ce que la chanteuse Jennifer à nous montrer mais aussi sur l’image de l’artiste qui « appartient » à TF1, Universal et NRJ. NRJ qui a évidemment toujours été partenaire de Jenifer (elle a remporté hier soir le trophée de l’Artiste Féminine Française de l’année, l’année dernière pour la 9ème édition elle gagna le même prix…). Ces liens entre Jenifer, NRJ et la maison de disque Universal (qui la produit) nous amène à nous rapprocher de plus en plus de l’aspect « business » des NRJ Music Awards.

Productions NRJ

Cette année, la direction d’NRJ n’a pas communiqué sur le budget de la cérémonie. Les seules informations trouvées datent de janvier 2006. Dans une interview au site Radio Actu, Roberto Ciurléo, ex-directeur des programmes et de la marque NRJ, parlait des NRJ Music Awards comme « de la plus importante opération de communication organisée par une radio » avec un budget brut 12 millions d’euros de communication autour de la 7ème cérémonie. Bien sûr, il faut rentabiliser l’investissement, tout le monde doit être gagnant : TF1, NRJ et les maisons de disques comme Universal. Le moteur principal de la soirée est NRJ. Comme nous l’avons évoqué précédemment, tous les artistes nommés sont ou été présent dans la playlist d’NRJ. Certains sont même des purs produits de la panthère comme la comédie musicale « Cléopâtre, la dernière reine d’Egypte ». Ce spectacle mis en scène et chorégraphié par Kamel Ouali (un habitué de TF1) est soutenu (on ne sait pas officiellement à quelle hauteur) par NRJ Entertainment (pôle divertissement et spectacle vivant de NRJ Group) et TF1, le tout sous la houlette de la maison de disque Mercury. Tout apparemment est fait pour promouvoir de la manière la plus subtile possible ce produit.

En effet, NRJ a programmé depuis de nombreux mois maintenant les singles de la comédie musicale sur son antenne avant même la sortie de l’album puis il y eu l’arrivée de spots publicitaires uniquement sur TF1.

Notons que là encore, le corporatisme le plus total puisque TF1 et NRJ Group sont donc associées à ce projet de 9 millions d’euros (source newsandco.com) et ne s’en cachent pas (les deux logos sont présents en bas sur le site internet officiel de Cléopâtre). De plus, pour la partie musicale, c’est donc Mercury qui produit les singles et l’album. Ce label appartient à Universal Music Group dont le PDG est Pascal Nègre (lui aussi un habitué de TF1 puisqu’il était membre du jury dans la 7ème saison de la Star Academy). Par ailleurs, ce dernier était présent hier soir dans le public des NRJ Music Awards et apparemment sa présence ne tenait pas au hasard puisque la troupe a reçu le prix du Groupe/Duo/Troupe français de l’année. Ils ont bien fait de venir…

NRJ et les maisons de disques

Au-delà du seul exemple de Cléopâtre, NRJ et Universal sont extrêmement liés. Quelques recherches ont fait apparaître (entre autres) que les deux groupes se sont associés en Belgique pour proposer un site internet qui permet de télécharger un titre phare de la playlist d’NRJ en envoyant un SMS qui lui donne un code de téléchargement (plus d’infos : http://www.free-music.be). Autre exemple, en 2001, associée à Universal Music, la filiale de NRJ Group dédiée aux activités Internet, a lancé le premier service de téléchargement payant de musique (source RadioActu). Il existe surement d’autres activités entre ces deux sociétés mais que nous ne détaillerons pas ici.

Parlons maintenant des artistes récompensés : sur les treize trophées remis, 6 artistes (Jonas Brothers, Enrique Iglesias, Jenifer, Rihanna, Mylène Farmer et les Pussycat Dols) sont signés dans une des filiales d’Universal Music Group ou chez Universal directement. On peut alors légitimement se demander si la liste des nommés aux NRJ Music Awards est le reflet de la programmation d’NRJ et des relations commerciales qu’entretiennent NRJ et Universal ?

Faux direct, illusion du réel

Pour terminer cet article, il nous faut mettre en avant quelques points utilisés lors de cette cérémonie pour que celle-ci tienne du mieux qu’elle peut toutes ses promesses de direct, et d’émotions. Pour cela, le « faux direct » a utilisé à deux reprises hier soir lors de la prestation du groupe Indochine et pour la prestation de Mylène Farmer. Comme l’évoque la journaliste Emmanuel Marolle dans Le Parisien (daté du 15/01/09), le groupe Indochine a décidé d’enregistrer sa prestation le vendredi, soit la veille de la cérémonie en direct. Au Parisien d’ajouter : “Néanmoins, les spectateurs présents dans la salle pendant la cérémonie n’y verront que du feu car le groupe sera tout de même présent sur scène. Sauf que ce sera la version enregistrée tranquillement demain (vendredi) qui sera visible à l’antenne par les téléspectateurs de TF1. “. A l’écran aussi, les téléspectateurs n’y ont vu que du feu. Le liner « en direct » en haut à droite de votre téléviseur a disparu durant la prestation, le retour au direct se fut avec un très beau plan d’ensemble montrant le groupe sur scène effectivement présent. Le même procédé fut utilisé pour le grand retour de Mylène Farmer à la télévision. Une prestation enregistrée avec une disparition du liner « en direct » et un plan d’ensemble pour le retour au direct à la fin de l’interprétation. Le fait que ces prestations soient enregistrées n’a pas été clairement annoncé ni par TF1, ni par NRJ et encore moins par Nikos. C’est là encore une belle illustration de la volonté de faire croire aux téléspectateurs que tout ce passe en direct, que tout peut arriver à tout instant et surtout que tous les artistes sont bel et bien présents pour leur public, ce dernier qui a voté pour eux.

Machine à faire de l’audience ?

Pour conclure, la cérémonie des NRJ Music Awards est donc bel et bien une immense machine à sous sur laquelle nous pouvons nous poser des questions de la légitimité sur les nominés, les vainqueurs mais aussi de la manière dont l’émission est elle-même réalisée pour nous transporter dans ce monde de strass et de paillettes grâce encore NRJ et TF1. Finalement, et comme pour les années précédentes, l’émission a été leader sur les cibles préférées des partenaires des NRJ Music Awards avec 56,9 % de PDA sur les 15-24 ans et 41,5 % de PDA sur les femmes de moins de 50 ans. Pour un total de 5 753 000 téléspectateurs et 28,1 % de part d’audience sur les individus 4 ans et + selon Médiamat – Médiamétrie, les NRJ Music Awards reste la plus grande campagne de communication émanant des poids lourds de l’industrie audiovisuelle et médiatique à l’unissons, le temps d’une soirée en prévision du Midem qui prend place le lendemain même au Palais des Festivals de Cannes….

Article que vous avez pu lire aussi sur le Semioblog de Virginie Spies, sémiologue et maître de conférence à l’Université d’Avignon.








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